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LOS ANGELES – Le Département du Homeland Security (DHS) a annoncé récemment qu'il commanderait à la compagnie Boeing la création d’un système de surveillance de haute technologie couvrant les frontières avec le Canada et le Mexique. Avec un budget estimé à 2 milliards de dollars US pour les trois à six prochaines années, le projet inclura des détecteurs de mouvements, des caméras, possiblement un avion téléguidé ainsi que 1800 miradors de haute technologie pour fournir des renseignements aux patrouilleurs des frontières.
Quartier général de la patrouille frontalière américaine à Yuma, Arizona. Un nouveau plan du Département américain du Homeland Security prévoit renforcer technologiquement les moyens de surveillance des frontières américaines avec le Mexique et le Canada. photo : Paul J. Richards/AFP/Getty Images |
Appelé le Secure Border Initiative Network (traduction libre : Réseau de l'initiative de sécurité frontalière), le projet «intégrera les plus récentes technologies et infrastructures pour interdire l'immigration illégale et arrêter les menaces qui tentent de traverser la frontière», indique dans un communiqué de presse le secrétaire du DHS, Michael Chertoff.
Le projet focalisera sur les deux frontières américaines, dans une tentative de refouler les immigrants illégaux et les terroristes. Mais en considérant le coût d'environ 1 milliard de dollars US, tous les experts ne partagent pas le même avis qu'une telle attention devrait être portée au renforcement de la sécurité à la frontière États-Unis-Canada.
«Essayer de renforcer les mesures de sécurité à la frontière canado-américaine est ridicule. C'est se protéger d'une menace qui n'existe pas», affirme le Dr James Carafano, un expert en sécurité nationale du think tank conservateur américain, The Heritage Foundation. «La façon d’empêcher les terroristes et les criminels d’entrer aux États-Unis par le Canada est de les garder hors du Canada.»
Efficacité mise en doute
En ce qui concerne la prévention de l'immigration illégale, environ un million de personnes chaque année sont appréhendées en essayant de franchir illégalement la frontière entre le Mexique et les États-Unis, alors que seulement 10 000, soit 1 %, sont arrêtées du côté canadien. Mais malgré la menace disproportionnée à la frontière mexicaine, les fonctionnaires du DHS disent que l’attribution des ressources aux deux frontières sous le Réseau de l'initiative de sécurité frontalière sera à peu près 50/50.
«Dépenser de l'argent à la frontière boréale est simplement la chose la plus stupide. Ce n’est que politique, ça ne répond pas du tout aux véritables besoins en matière de sécurité», soutient M. Carafano, faisant remarquer que les élections au Congrès se tiendront en novembre et que la sécurité frontalière est un enjeu politique populaire.
Il fait valoir que renforcer la sécurité le long des brèches permettant l'infiltration à la frontière n’aidera pas à contrer le terrorisme. En fait, la plupart des terroristes et environ la moitié des 11 millions d'immigrants illégaux aux États-Unis sont entrés au pays par des points d'entrée officiels. La majorité a utilisé des documents frauduleux ou simplement excédé la durée de séjour mentionnée dans leur visa.
Certains démocrates au Congrès américain ont déjà exprimé sous un autre angle leurs inquiétudes au sujet du nouveau plan de sécurité frontalière.
«Le DHS a déjà eu deux types de programmes similaires de surveillance électronique qui ont été des échecs retentissants», déclare Drew Hammill, porte-parole de Nancy Pelosi, membre du Congrès.
Depuis 1998, le DHS et le Service d'immigration et de naturalisation ont dépensé 429 millions de dollars sur des caméras et des systèmes de surveillance téléguidés le long de la frontière. Mais selon un rapport de l’inspecteur général publié en décembre dernier, près de la moitié des caméras n'ont jamais été installées et la grande majorité des alertes déclenchées par les détecteurs étaient des fausses alertes. Seulement 1 % des alertes ont mené réellement à des arrestations.
«La question est [de savoir] si réellement le DHS peut se permettre de telles acquisitions, établir une planification stratégique et avoir l'habileté d'appliquer ce genre d'initiatives sécuritaires. Sur d'autres projets, nous avons été témoins d’une mauvaise planification stratégique, d’acquisitions non appropriées et d’une application non complète.», explique Hammill.
Projet de Boeing
Le secrétaire du DHS, M. Chertoff, a promis de surveiller de près le projet et le progrès de Boeing dans cette affaire.
Boeing, le plus grand fabricant d'avions commerciaux et militaires, a devancé plusieurs autres entrepreneurs lors des dernières soumissions le mois dernier, où des compagnies comme Northrop Grumman et Lockheed Martin avaient toutes deux proposé leurs propres idées pour arriver à renforcer la sécurité des 12 000 km frontaliers. Boeing avait avancé que, si elle était choisie, elle serait capable d'installer des détecteurs et des radars le long de la frontière en trois ans. Le DHS avait déclaré qu'il voulait maintenir l'échéance en deçà de quatre ans.
La proposition de Boeing focalise sur l'adaptation de la technologie militaire déjà existante qui a été utilisée avec succès sur le champ de bataille. Par exemple, elle suggère une série de détecteurs de mouvements et de chaleur montés sur des tours, de même que des détecteurs à même le sol qui ont été utilisés en Afghanistan et en Irak.
Boeing a signé un contrat de trois ans avec la possibilité de trois prolongations d’un an. Le DHS n'a pas révélé le coût total du projet (des estimations de représentants de l'industrie évaluent le coût à 2,5 milliards de dollars, selon le service de nouvelles CanWest) ni précisément où et quand les installations de sécurité frontalière s'effectueront. Toutefois, un communiqué de presse diffusé il y a deux semaines indique que la première étape du contrat offrira 67 millions de dollars US pour un projet pilote d'un segment de 44 km le long de la frontière près de Tucson, Arizona.
À partir de là, le projet devrait s'étendre le long des autres parties de la frontière américaine du sud-ouest et ensuite probablement à la frontière avec la Colombie-Britannique et l'Ontario, pour finalement couvrir l'entièreté des frontières américaines avec ses deux voisins.
La question de la protection des milliers de kilomètres de frontières côtières n'est pas abordée dans le projet. Le 28 septembre 2006, le programme n'avait pas encore été officiellement contesté par le gouvernement canadien. La Gendarmerie royale du Canada ne pouvait faire de commentaires au moment de l'entrevue, car de toute façon elle a fait remarquer qu’elle n’a pas travaillé sur le projet avec le DHS.
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