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L’industrie nucléaire canadienne n’a pas encore réussi à prouver à la population canadienne qu’elle pouvait voler de ses propres ailes. Énergie atomique du Canada limitée (EACL), la société d’État qui développe et commercialise les réacteurs nucléaires CANDU, a reçu annuellement plus de 158 millions de dollars de subventions de la part du gouvernement canadien durant les cinq dernières années, selon ses rapports annuels.
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La centrale nucléaire électrique (elle n’utilise pas des réacteurs nucléaires CANDU) de Tihange en Belgique. Première centrale nucléaire commerciale à être décommissionnée aux États-Unis. (Mark Renders/Getty Images) |
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Depuis sa création en 1952, ce sont 18 milliards de dollars que le gouvernement, et donc les citoyens canadiens, ont investis dans la société d’État. Pourtant, la technologie CANDU peine à démontrer sa fiabilité et à s’imposer face à ses compétiteurs internationaux. Le mariage de passion entre EACL et la population canadienne pourrait bien devenir un mariage de raison, si CANDU n’arrive pas à maturité.
Début de relation dramatique et teinté de romantisme, les Canadiens apprennent, suite à l’explosion de la bombe atomique à Hiroshima, qu’ils ont participé au Projet Manhattan. En construisant le fameux laboratoire de recherche nucléaire à l’Université de Montréal en 1942, le Canada devient le deuxième pays à «maîtriser» l’énergie atomique, avec les États-Unis.
Ainsi, «à la fin de la Seconde Guerre mondiale, le Canada possède non seulement de vastes réserves d’uranium, mais aussi les connaissances techniques et les installations industrielles pour exploiter pleinement l’atome», écrit le politologue Duane Bratt, professeur de science politique au Mount Royal College. L’énergie nucléaire semble l’énergie de l’avenir : propre, économique et fiable. Alors que le nationalisme «canadian» est en pleine croissance, les Canadiens ne veulent surtout pas laisser le marché nucléaire aux Américains, comme le fait remarquer Yves Gingras, professeur d’histoire à l’Université du Québec à Montréal, dans un reportage à Radio-Canada.
La population canadienne se joint d’emblée à l’aventure nucléaire que leur propose le gouvernement, d’autant plus rassurée de ses nobles intentions lorsque le «ministre de tout», C. D. Howe déclare en 1945 : «Nous n'avons pas fabriqué de bombes atomiques; nous n'avons aucunement l’intention de fabriquer des bombes atomiques.» Convaincus de la politique pacifique de leur gouvernement quant à la prolifération nucléaire, les Canadiens appuient la mise sur pied d’EACL en 1952, afin de fabriquer et de commercialiser leur propre technologie nucléaire : CANDU (Canada Deuterium Uranium).
Du rêve à la réalité
L’énergie nucléaire n’est jamais devenue «l’énergie de l’avenir»; ni ici, ni ailleurs. Après l’incident de Three Mile Island aux États-Unis en 1979 - où le coeur du réacteur fond, mais que les radiations sont confinées dans l’enceinte - on assiste sept ans plus tard à la catastrophe de Tchernobyl, en Ukraine. Cette fois, après que le coeur du réacteur ait fondu, une explosion s’en suit.
D’autre part, les déchets radioactifs demeurent un problème fondamental de cette filière énergétique. À ce jour, il n’existe nulle part dans le monde un dépôt permanent pour les déchets nucléaires.
Vient ensuite s’ajouter la menace de la prolifération nucléaire. Le Canada a d’ailleurs été pointé du doigt, à tort, lorsque l’Inde, d’une part, et le Pakistan, d’autre part - deux pays qui avaient acheté des réacteurs CANDU - ont annoncé la réussite de leurs essais nucléaires militaires.
En plus, les détracteurs du nucléaire n’ont pas oublié l’échec technique et économique de Gentilly-1, ni l’interruption de service de huit réacteurs aux centrales de Pickering et de Bruce, en Ontario.
La suite la semaine prochaine...
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