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« Est-ce qu’on dirait ça d’un homme ? », c’est la question renvoyée
par Ségolène Royal aux deux journalistes (masculins) de Ouest-France
qui lui demandaient, le 31 octobre dernier, si elle était
« autoritaire, voire cassante », comme l’affirment « certains de ses
adversaires ». La candidate à la candidature socialiste pour la
présidentielle de 2007 avait commencé par répondre : « Je ne pense pas
être cassante, je suis exigeante. Peut-être y a-t-il aussi dans cette
critique une dimension sexiste. » Depuis que les sondages l’ont rendue
populaire, l’actuelle présidente de la région Poitou-Charentes fait
l’objet de critiques ayant parfois à voir avec le fait qu’elle est une
femme.
Que pensent les femmes de ces difficultés supplémentaires qui leur
sont imposées dès lors qu’elles évoluent dans un univers
majoritairement masculin, voire machiste ? Qu’elles soient femmes
politiques ou éminentes féministes, l’ensemble de leurs points de vue,
parfois antagonistes, donne la mesure de la complexité de la réponse,
et pose la question du « féminisme » de Ségolène Royal.
Michèle Sabban, vice-présidente du conseil régional d’Île-de-France,
juge sévèrement la nature de la réponse faite par Ségolène Royal à
Ouest-France. Elle estime qu’« en récusant son autoritarisme, Ségolène
Royal joue avec une certaine représentation de la femme. Louise Michel
ou Indira Gandhi étaient des femmes autoritaires et l’assumaient.
Pourquoi une femme dans l’exercice du pouvoir devrait-elle véhiculer
une inévitable image maternante, qui serait implicitement le propre de
toute femme ? »
Cette proche de Dominique Strauss-Kahn reproche à la présidente de
Poitou-Charentes de prôner le concept « travail, famille, maison » et
de ne pas porter le combat féministe. Par conséquent, Michèle Sabban a
décidé avec certaines élues socialistes, telles qu’Annick Lepetit et
Anne Hidalgo, de soumettre le 24 novembre, au lendemain de
l’investiture, au candidat ou à la candidate élu(e), cinquante
questions relatives aux femmes et à la santé, élaborées « avec un panel
de militantes et de militants socialistes ».
Si Laurence Rossignol, chargée des droits des femmes au Parti
socialiste et vice-présidente de la Région Picardie, approuve la
candidature d’une femme aux plus hautes fonctions de l’État, elle ne
manque pas de porter un regard critique sur les positions de la
candidate à l’investiture. Selon cette proche de Laurent Fabius,
Ségolène Royal se situe « en dehors du combat féministe et s’est
construite en marge de la confrontation collective du parti, d’où un
parcours solitaire plus que solidaire ». Ce qui explique qu’elle « se
positionne davantage sur un plan féminin que féministe ». Ces réserves
n’empêchent pas Laurence Rossignol d’approuver sa réponse aux
journalistes de Ouest-France, réponse qu’elle ne juge pas
essentialiste. Elle préfère souligner la nature sexiste de ces attaques
« récurrentes » dirigées contre les femmes qui briguent ou exercent un
pouvoir majoritairement détenu par des hommes : « Cette question était
clairement destinée à obliger Ségolène Royal à se justifier en tant que
femme, il était donc tout à fait légitime de sa part de répondre sur ce
registre. »
La chargée des droits des femmes au PS impute malgré tout une part de
la responsabilité à Ségolène Royal, qui, selon elle, prête le flanc à
ce type d’attaques en prétendant faire de la politique autrement, au
seul motif qu’elle est une femme : « Quand elle parle de démocratie
participative, dans l’implicite, celle-ci propose une alternative
personnelle à la politique faite par des hommes et à la crise
démocratique. »
D’où l’importance de critiquer Ségolène Royal sur le projet
politique dont elle est porteuse, qui « a pour objectif, non formulé
par elle-même mais clairement par son entourage, de transcender le
clivage droite/gauche ». Laurence Rossignol ajoute que ces attaques
sexistes ne font pas avancer le débat : « Ceux qui cherchent à
déstabiliser Ségolène Royal devraient plutôt lui demander ce qu’elle
pense, par exemple, de l’allocation parentale d’éducation, comme
d’autres dispositifs de la politique de la famille, qui contribuent à
maintenir à l’écart du monde du travail des milliers de femmes. » |