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La température des océans au Précambrien (3,5 milliards d’années) est sujette à controverse. Des chercheurs du Laboratoire d’étude de la matière extraterrestre (Muséum national d’histoire naturelle) et du Centre de recherches pétrographiques et géochimiques (CNRS) ont cherché à reconstituer la température de ces océans en mesurant conjointement les compositions isotopiques de l’oxygène et du silicium dans des silex anciens. Leurs conclusions confortent une hypothèse datant des années 70 et jamais confirmée depuis : celle d’un océan très chaud (60 – 80 °C) il y a 3,5 milliards d’années. Ces travaux paraissent dans la revue Nature du 26 octobre 2006. |
L’hypothèse d’un océan très chaud (60-80 °C) il y aurait 3,5 milliards d’années ressort de ses études faites à partir de silex anciens. Jason Gutierrez/AFP |
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LES TEMPÉRATURES SONT ENREGISTRÉES DANS LES ROCHES SÉDIMENTAIRES
La Terre a connu dans son histoire de nombreux changements
climatiques de grande ampleur qui semblent avoir été les plus rigoureux
au cours des premiers milliards d’années de son histoire. C’est donc à
partir de - 3,5 milliards d’années, datation des premiers sédiments
océaniques correctement préservés, que l’histoire des océans est
enregistrée dans les roches sédimentaires. L’astrophysique nucléaire
permet de retracer avec précision l’évolution thermique des étoiles et
nous a dévoilé l’un des grands paradoxes de l’histoire climatique de la
Terre : notre Soleil avait, il y a 4 milliards d’années, une luminosité
de l’ordre de 25 % plus faible qu’aujourd’hui.
Dans ces conditions, la Terre aurait dû être complètement gelée, ce qui
est en contradiction avec les enregistrements géologiques. Dès 1973,
des chercheurs américains avaient tenté d’évaluer la température des
océans précambriens (entre 3,5 et 0,5 milliards d’années) à partir des
compositions isotopiques de l’oxygène des silex, qui figurent parmi les
sédiments de la terre les plus vieux et les mieux préservés. Leurs
résultats attestent d’un refroidissement progressif des océans (entre
70 et 30 °C) à partir de 3,5 milliards d’années avant notre ère.
Cependant, ces conclusions étaient contestées car il existe fréquemment
un réajustement de la composition isotopique en oxygène des silex, lors
de variations de température secondaires au dépôt.
L’EAU ÉTAIT À 30 °C IL Y A 800 MILLIONS D’ANNÉES ET PLUS
Les silex sont essentiellement constitués de silice (1 atome de
silicium pour 2 atomes d’oxygène). Aujourd’hui, des chercheurs du
Laboratoire d’étude de la matière extraterrestre (Muséum national
d’histoire naturelle) et du Centre de recherches pétrographiques et
géochimiques (CNRS) viennent de reconstituer la température des océans
précambriens en mesurant conjointement les compositions isotopiques de
ces deux éléments dans des silex anciens, à l’aide de la sonde ionique
du Centre de recherches pétrographiques et géochimiques de Nancy. Parce
que la solubilité du silicium dans l’eau est très faible, sa
composition isotopique est a priori beaucoup plus résistante que celle
de l’oxygène aux altérations secondaires du silex.
Les compositions isotopiques du silicium des silex montrent des
variations isotopiques très importantes au Précambrien, variations qui
n’ont pas d’équivalent au Phanérozoïque (entre 0,5 milliards d’années
et aujourd’hui). En faisant l’hypothèse que les températures les plus
froides déduites des isotopes de l’oxygène correspondaient bien à
celles des océans (environ 30 °C il y a 800 millions d’années), les
chercheurs ont proposé une reconstitution du cycle isotopique du
silicium dans les océans précambriens. Ce cycle dépend de la
température de l’eau de mer et induit des variations couplées entre les
deux systèmes isotopiques. Entre 3,5 et 0,5 milliards d’années, les
variations de températures déduites des isotopes du silicium
correspondent bien aux bouleversements déjà identifiés dans l’histoire
de la Terre à partir des isotopes de l’oxygène. L’hypothèse d’un océan
très chaud (60-80 °C) vers 3,5 milliards d’années ressort donc
singulièrement confortée.
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