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Avec le nombre croissant de soldats canadiens tombés en Afghanistan, l'appui du public pour la mission diminue et on demande un débat parlementaire sur le sujet. L’implication du Canada là-bas devient de plus en plus un point de rupture dans la politique du pays, polarisant grandement les opinions.
photo :John Moore/Getty Images |
Bien que les résultats des sondages montrent que beaucoup de Canadiens – particulièrement au Québec – s’opposent à une plus grande implication en Afghanistan, Ottawa a promis dernièrement d’envoyer des tanks et 200 soldats additionnels, amenant la présence des troupes canadiennes à près de 2500. L'annonce de ce déploiement survient quelques jours après que l'OTAN ait demandé des renforts pour contrer les attaques de plus en plus féroces des Talibans.
Les Forces canadiennes, ayant pris en charge les forces de l’OTAN dans le sud de l’Afghanistan, ont dirigé une offensive majeure dans le district instable de Panjwaii, à l’ouest de Kandahar, où cinq soldats sont morts récemment, l’un d’entre eux ayant été accidentellement tué par les Forces américaines. Quatre autres soldats sont morts le 18 septembre 2006 lorsqu'un cycliste kamikaze s’est fait exploser près d'une patrouille à pied dans la même région.
Plus de douze soldats et 27 civils ont été blessés dans l’explosion du 18 septembre. Quelques jours auparavant, six autres soldats ont été blessés par une mine et une voiture kamikaze. Trente-six soldats et un diplomate ont été tués depuis que le Canada s’est joint à la mission, 24 de ces morts ayant eu lieu depuis février 2006, lorsque le Canada a débuté son affectation à la région de Kandahar située au sud de l’Afghanistan.
Les faucons et les colombes
Le ministre des Affaires étrangères, Peter Mackay, a réitéré l’engagement du gouvernement à demeurer en Afghanistan, disant aux journalistes que les troupes canadiennes y resteront jusqu’à ce qu’ils «finissent le travail». Le premier ministre, Stephen Harper, a de son côté vanté le rôle du Canada en Afghanistan lors de son allocution à l'Assemblée générale des Nations Unies la semaine dernière.
Cependant, les voix dissidentes au sein de l’opposition sont fortes et s'amplifient.
Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, a demandé qu'il y ait un débat d’urgence à savoir si les troupes canadiennes doivent être rapatriées ou non. Selon M. Duceppe, les Québécois craignent que Harper s’aligne trop près des politiques du président américain, George W. Bush, en Afghanistan et que le Canada s’éloigne trop de son rôle de gardien neutre de la paix. Mais Stephen Harper affirme que l’implication canadienne en Afghanistan aide le Canada à retrouver une place de premier plan sur la scène internationale.
Lors de la convention sur le programme du NPD à la mi-septembre, l'appel de Jack Layton de retirer les troupes a été appuyé par près de 90 % des 1500 délégués présents. M. Layton, qui a dit que la mission canadienne devrait se concentrer davantage sur la reconstruction de l’Afghanistan plutôt que sur le combat et suggère d'inclure les Talibans dans des pourparlers de paix, désire rapatrier les troupes canadiennes au pays d’ici février 2007, la date prévue de la fin de la mission.
L’engagement est remis en question
L'information concernant les derniers soldats tués coïncide avec la publication du rapport du Canadian Centre for Policy Alternatives (Centre canadien de politiques alternatives). Selon ce rapport, depuis que le Canada a une mission plus dangereuse à Kandahar en février dernier, un soldat canadien a 4,5 fois plus de chance de se faire tuer qu’un soldat américain et près de trois fois plus de chance qu’un soldat britannique.
De plus, le rapport déclare que les soldats canadiens à Kandahar ont près de six fois plus de chance de se faire tuer que leur vis-à-vis américains en Irak.
«Maintenant nous supportons une part disproportionnée de la souffrance», dit David Marcuson, directeur du Centre for Strategic Studies (Centre d’études stratégiques) de l’université de Calgary. «Cependant, nous avons été présents d’une manière ou d’une autre pendant plusieurs années durant lesquelles nous n’avons pas supporté une part disproportionnée de la souffrance.»
M. Marcuson souligne qu’à l’arrivée des troupes canadiennes à Kaboul en 2003 lors d’une mission à titre de gardiens de la paix, les soldats allemands qu’ils remplaçaient avaient perdu dix hommes, alors que le Canada n’avait subi aucune perte. Les gens doivent se rappeler que les soldats canadiens ne sont qu’une petite partie de la coalition de 40 000 hommes actuellement présents en Afghanistan, ajoute M. Marcuson.
Alors que le NDP a maintenant fait du retrait des troupes canadiennes de l’Afghanistan une politique du parti, le député Peter Stoffer considère ce geste «quelque peu prématuré» et désire que son parti prenne une «pause stratégique» dans ses réflexions.
«Si nous planifions de nous retirer, nous devons avoir une stratégie de retrait correctement élaborée. Vous ne pouvez pas baser votre décision sur une rhétorique découlant de l’émotion», dit M. Stoffer. «Nous avons pris un engagement vis-à-vis de l’OTAN, l'ONU et les Afghans, donc si nous nous retirons maintenant, qu’arrivera-t-il à ces gens là-bas?»
M. Stoffer dit que le besoin d’avoir un débat national sur le sujet se fait sentir, mais un comité devrait d’abord voyager à travers le Canada pour familiariser les Canadiens sur la mission, car il sent que les gens ne sont pas suffisamment renseignés à ce sujet.
Au printemps, la Chambre des communes a voté par une mince majorité le prolongement de la mission jusqu’en février 2009 – un sujet de discorde avec les critiques qui disent que Harper a précipité le vote pour soustraire la question du paysage politique, évitant ainsi la possibilité d’un référendum national sur la mission en Afghanistan lors des élections fédérales de 2008.
Ken Dryden est également entré en lice. Alors qu’il dévoilait sa plate-forme pour la course au leadership des libéraux, il a dit qu’un «vrai débat» était nécessaire au printemps et qu’il l’est encore aujourd’hui. M. Dryden a demandé une révision du rôle de gardien de la paix à celui de combattant.
«Il n’y pas d’indication que nous aurons cette révision. Tout ce que nous avons entendu au cours des quatre ou cinq derniers mois est de la rhétorique militaire», a dit Dryden à CTV News.
M. Marcuson souligne que le Canada pourrait toujours retirer ses troupes malgré le vote de prolongation, «mais alors notre parole ne vaut rien» et rapatrier les troupes maintenant place également un fardeau additionnel sur la coalition des forces restantes. «Nous sommes une nation souveraine, nous avons pris un engagement et les gens s'attendent à ce que nous le respections. Qu’est ce qui rend le Canada si privilégié au point de ne pas faire les sacrifices faits par des Britanniques, des Hollandais, des Américains, des Allemands et des Espagnols?»
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