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Aujourd’hui encore il y a tout un tas de correspondants étrangers,
en place à Pékin ou ailleurs, qui ont le plus grand mal à travailler.
Il y a tout un tas de sujets qu’il est très difficile d’aborder pour
les journalistes étrangers qui se rendent en Chine ; on risque d’avoir
des ennuis avec les autorités.
Les gens ont beau dire : "Oh oui la Chine évolue, bouge".
C’est vrai que la Chine évolue, bouge. Elle évolue, elle bouge sur le
terrain économique, il y a des choses qui se font. Même sur le terrain
des médias, il y a plus de médias qui apparaissent. En ce qui concerne
la liberté de ton, de cette presse-là, on n’a pas bougé. C’est
important de le dire aujourd’hui.
Parce que rappelez-vous quand la Chine a obtenu les J.O., on nous a dit : "Oui, ne vous faites pas de souci, vous verrez l’obtention des J.O. ça va permettre d’améliorer la situation". On nous a dit, y compris parmi les gens du Comité international des J.O. : "oui, on a des promesses, des garanties, vous verrez les choses avancent et tout".
Qu’est-ce qui avance ? Il n'y a plus la liberté de la presse
aujourd'hui en Chine qu’il y en avait au moment où ils ont eu les J.O.
à Pékin en 2008. Bien sûr que non ! Il n’y a aucune amélioration ! Pas
plus tard qu'il y a 15 jours, on a amené en Suisse au Comité
international des J.O., la liste des pétitions de tous les gens qui
avaient protesté contre le fait que les Chinois aient les J.O. en Chine
en 2008. On leur a emmené ça, en leur disant : "Qu’est-ce que vous obteniez en échange, il y a eu des améliorations ? il y a eu des libérations ? il y a eu des changements ?" Non ! Voilà, la réalité de la Chine aujourd’hui.
Des médias indépendants tels que la télévision NTDTV, la radio SOH et notre journal La Grande Epoque ont été créés dans le but d’offrir aux chinois comme au reste du monde
des vraies infos sur la Chine et le reste du monde, sans aucune
censure. Bien sûr cela a un prix à payer, d’ailleurs nous savons que
récemment RSF est intervenu à plusieurs reprises dans des cas
d'interférence venant de la Chine communiste sur ces médias
indépendants outre-mer, ces médias se trouvent soit face à une rupture
de contrat avec leur partenaires occidentaux, soit à voir leur
fréquence brouillée par des équipements des sociétés occidentales, soit
face à la difficulté de distribuer librement dans certains pays ou de
trouver des imprimeurs capables de résister aux pressions du PCC (Parti
communiste chinois), quels est votre message à faire passer aux pays ou
compagnies, qui, sous la pression du régime chinois ou sous l'attrait
d'intérêt quelconque, deviennent en quelque sorte complice de ce blocus
de la presse ?
R.M. : Vous avez un certain nombre de
compagnies, un certain nombre de grandes entreprises qui acceptent,
pour être sur le marché chinois, des choses qu’elles n’accepteraient
dans aucun autre pays. Quand vous voyez dans le domaine d’Internet, un
certain nombre de gens - je ne sais pas, Yahoo, pour prendre un exemple
- qui n’accepterait pas la moindre censure en Europe par exemple, - et
ils ont raison ! ils ont raison ! - accepter d’un coup de se soumettre
aux désidératas, "passer sous les fourches caudines" des autorités de
Pékin, parce qu’ils se disent : « Ah oui, il y a 60, 70, 80 millions
d’internautes en Chine, donc, ça vaut le coup ». Et nous, on ne cesse
de dénoncer ça, ce double discours qui consiste à dire « on a des
critères, une attitude sur les droits de l’homme, sur la liberté
d’expression dans le monde entier », mais dès qu’on aborde la
Chine, on est tellement obnibulé, tellement obsédé, par les affaires
qu’on peut faire en Chine, qu’on est prêt d’un coup à oublier, à
changer d’attitude, à être moins exigeant. C’est incroyable.
Vous
savez beaucoup de ces entreprises ont parmi leurs actionnaires des
fonds de placement, des fonds de retraite, des fonds de la banque, les
gens qui gèrent leur argent, et qui mettent dans telle ou telle
entreprise. Ce qui fait que là aussi on est en train aujourd'hui,
Reporters sans frontières, on est allé voir un certain nombre de ces
fonds de retraite, fonds de placement en leur disant : "attendez,
vous dites que vous avez des critères éthiques, c’est très très bien.
Vous avez raison ! Vous ne voulez pas mettre votre argent dans telle
entreprise parce qu’elle fait des armes. Vous ne voulez pas mettre
votre argent dans telle autre parce qu’elle ne respecte pas les
conditions de travail de ses employés. Vous ne voulez pas mettre de
l’argent dans telle autre parce qu’elle pollue. Vous avez raison, c’est
une position éthique, mais il faut avoir la même position par rapport à
un certain nombre d’entreprises qui vont en Chine populaire, qui
investissent en Chine populaire, alors qu’il n’y pas de liberté, alors
qu’on exige d’eux des engagements qu'aucun autre Etat n’ose exiger."
Je ne parle pas du droit syndical ou de la pollution qui n’est même pas
à l’ordre du jour. Comment obtenir satisfaction ? j’espère en gros que
la morale, on l'applique dans tous les cas, mais pas que dans un
certain nombre de pays, puis dans d’autres : "ça y est, on a oublié la morale".
Que pensez-vous de la négociation du contrat permanant entre Eutelsat et la chaîne de télévision NTD ?
R.M. : J'ai
rencontré les dirigeants d'Eutelsat, à la suite des problèmes que votre
télévision a rencontrés, je leur ai dit qu'il n'est pas possible de
céder aux pressions de Pékin, je croie qu'ils sont prêts à entendre ça,
et ils ne sont pas prêts à céder aux pressions de Pékin. Moi, ils m'ont
dit que sur l'accord financier c'était quasiment fait, et qu'il n'y
aurait pas de problème financier, ils n'augmenteraient pas le tarif de
prestation qu'ils vous fournissent. Je pense que ce sont des gens avec
qui on peut discuter. Maintenant, je pense que du côté d'Eutelsat,
aujourd'hui ils sont prêts à signer un contrat qui garantisse à la
télévision de continuer, j'ajoute qu'ils n'ont jamais coupé la
télévision alors que c'est depuis le 15 avril que la convention est
terminée. Donc, je pense qu'on peut être optimiste de ce côté.
Vous savez que ces interférences venant du régime communiste chinois
sont là depuis le début de la création de ces médias indépendants, mais
cela a été intensifié depuis la publication d’une série éditoriale de
notre journal intitulée Neuf commentaires sur le parti communiste
en novembre dernier. Parce que ces neuf commentaires ont provoqué une
introspection parmi la population chinoise, et que depuis il y a un
phénomène de démissions du Parti communiste chinois, ce fait a rendu le
régime chinois plus nerveux que jamais, il exerce une répression encore
plus intense sur ceux qui diffusent ces éditoriaux, sur ceux qui
démissionnent du PCC, sur ceux qui soutiennent ces événements, les
médias comme les individus. Vous savez que beaucoup de cyberdissidents
arrêtés récemment sont accusés d’avoir écrit des articles pour notre
journal ou d’avoir soutenu les démissions du PCC, des cyberdissidents
tels que Zhang Lin, Zheng Yichun, dont Reporters sans frontières a
d’ailleurs lancé un appel pour leur libération. Par ailleurs, dans
certains pays, notre journal est suspendu en raison de restrictions
d’opinions, quelle est votre réaction en voyant cela ?
R.M. : Je ne me pose pas la question de ce que dit Epochtimes, je ne me pose pas la question de ce que dit NTDTV. Je suis pour qu'Epochtimes
puisse paraître librement, tranquillement dans tous les pays où il est,
que les pays résistent aux pressions de Chinois dans tel ou tel pays.
Je sais qu’il y a des pressions sur certains et nombreux pays. Pour NTD
c’est pareil, les liens avec le Falun Gong, ce n’est pas mon souci, ce
que pense le Falun Gong, ce n’est pas mon souci. Ce que je veux, à la
tête de Reporters sans frontières, c’est intervenir chaque fois qu’un
média est brimé par des autorités. Je n’ai pas besoin de partager les
points de vue de Falun Gong, de NTDTV ou d'Epochtimes pour intervenir. Ce que dit Epochtimes sur le problème du Parti communiste chinois, c’est l’affaire d’Epochtimes. Moi, ce que je veux c’est qu'Epochtimes
puisse le dire. Ensuite, si les Chinois ne sont pas d’accord, si les
autorités chinoises ne sont pas d’accord, elles le disent, elles
répondent, elles contestent, d’ailleurs elles ont assez de journaux
pour le faire, assez de télévisions pour le faire, assez de radios pour
le faire, mais qu’on arrête avec les pressions ! A ma connaissance, je
ne crois pas qu'Epochtimes ou NTD appelle à la lutte armée, ce
ne sont pas des organisations terroristes, ce ne sont pas des gens qui
vont mettre des bombes en Chine ou qui appellent à mettre des bombes en
Chine, donc, ce sont des gens qui ont leurs droits légaux de
s’exprimer. Chaque fois qu’ils ont un problème, que ce soit pour Epochtimes,
que ce soit pour NTD, que ce soit sur les sites Internet pour les
cyberdissidents, chaque fois, qu’on en serait informé, alors chaque
fois on interviendra. On est déjà intervenu de multiples fois pour les
médias proches du mouvement religieux Falun Gong. Je le fais chaque
fois, et je continue à le faire ! Ce que disent ces médias-là, ce n’est
pas un problème tant qu’il n’y a pas d’appel à la violence, tant que ce
ne sont pas des organismes terroristes, tant qu’il n’y a pas d’attaque
nominale mettant en cause telle ou telle personne, Reporters sans
frontières est derrière eux, parce qu’on est pour la liberté de
l’expression.
On intervient chaque fois que ça a des
conséquence sur la liberté d’expression. Chaque fois que ça a une
conséquence néfaste pour la liberté de l’expression, vous pouvez
compter sur nous pour intervenir, on le fera chaque fois. On le fait
sans arrêt.
Le président Chinois Hu Jintao
va rencontrer le président des Etats-Unis très prochainement, aux
Etats-Unis même. Est-ce que vous auriez envie de leur dire quelque
chose ?
R.M. : On va répéter ce que j’ai répété à chaque
fois. Je vais surtout faire passer ce message aux autorités
américaines. Vous savez qu’aux Etats-Unis il y a un amendement, qui
s’appelle le 1er amendement, qui fait que c’est le 1er pays pour la
liberté de presse, même si de temps en temps il y a des manquements,
elle est réellement respectée.
Moi, ce que je vais essayer de
dire aux autorités américaines, c’est : « quand vous recevez des
responsables Chinois, il faut leur dire que ce n’est pas acceptable, on
ne peut pas accepter qu’il y a des dizaines et des dizaines de
cyberdissidents, des dizaines et des dizaines de journalistes
emprisonnés, uniquement pour des délits d’opinion, parce qu’ils ne
pensent pas pareil que le Parti communiste chinois. »
Quant aux dirigeants Chinois, je vais leur dire : « un
jour ou l'autre, vous serez obligés d’accepter la liberté de la presse,
la liberté d’expression, les droits de l’homme. On ne construit même
pas une économie digne de ce nom si à un moment donné on ne respecte
pas ça. Vous savez qu’on peut penser qu’on peut se développer
économiquement de façon autoritaire, à un moment donné ça provoque une
fragilité que vous payez. Vous savez que vous ne pouvez pas
éternellement ne pas respecter les droits syndicaux, vous ne pouvez pas
éternellement ne pas respecter la liberté d’expression des gens sans
qu'un jour ou l'autre s’affaiblisse aussi l’économie de ce pays-là.
Même dans l’intérêt de la Chine, il faut accepter qu’il y ait une
contradiction, il faut accepter qu’il y ait d’autres points de vue, il
faut qu’il y ait un pluralisme de l’information. Un pays fort c’est un
pays qui respecte la liberté chez lui. La liberté d’expression, les
points de vue divergents, ça n’affaiblit pas un pays, ça leur rend
encore plus fort. »
Voilà ce que j’aurais envie de leur dire.
Récemment, sous le contrôle draconien du Parti communiste en Chine, des
journalistes et des rédacteurs de certains médias ont répondu avec des
gestes de non coopération, par exemple, la lettre ouverte de dix mille
mots des éditeurs du journal La Jeunesse chinoise, et la démission collective des éditeurs du journal l’Observatoire économique.
Pensez-vous que ces mécontentements venant du peuple par rapport au
contrôle des médias vont faire écrouler le monopôle du PCC sur les
médias ?
R.M. : On a vu qu’avec une certaine forme de
répression les choses bougent, les choses sont en train de bouger
effectivement, pas seulement à la marge des grands médias, on le voit à
l’intérieur même des grands médias qui, avant, n’avaient pas
d’états-d’âme, en tout cas pas d’états-d’âme dit explicitement. On voit
qu’il y a des choses qui sont en train de bouger, parce qu’il y a des
arrestations, des licenciements, des démissions, c’est pour ça que
l’occident a encore plus un rôle à jouer, parce qu’il faut que ces
gens-là sentent qu’ils ont un soutien à l’extérieur, que c’est cette
Chine-là qui est la Chine de l’avenir, c'est cette Chine-là qu’il faut
supporter, que c’est eux qui ont besoin de nos soutiens au jour le
jour.
Vous savez qu’il y a un minimum d’ouverture, y compris
dans les médias, bien sûr pour l’instant pour beaucoup on le voit à
travers les faits divers, les sports, les histoires, un peu de sexe et
tout ça, mais au milieu de tout ça, il y a des choses qui sont en train
de changer. Vous savez qu'il y a des centaines de milliers de titres
nouveaux qui apparaissent, sans qu’au milieu de tout ça des gens ayant
envie d'en faire leur métier, c'est-à-dire des gens qui aient envie de
dire ce qui se passe participent ? C’est pour ça que je suis optimisme.
Est-ce que c’est dans 5 ans, 10 ans, 15 ans ? je n’en sais rien. Vous
savez les gens n’acceptent pas éternellement de se plier devant
l’autorité, pas plus des journalistes chinois que des journalistes du
reste du monde.
Pensez-vous qu’il serait possible d’avoir la liberté d’expression avec le régime communiste ?
R.M. :
Je ne connais pas un Parti communiste qui ait dans son histoire accepté
la liberté de presse. Je n’en connais pas. Ca s'est toujours fait quand
ce parti-là n’était plus au pouvoir. Aujourd’hui parmi ce qui reste des
pays communistes - la Chine, Cuba, le Laos, le Vietnam, la Corée du
Nord - connaissez-vous s'il y a un pays qui a la liberté d’expression ?
Aucun ! Je crois qu’il y a malheureusement une antinomie entre les
partis communistes qui se vivent comme ils se vivent, c’est-à-dire :
l'hégémonie dans leur pays, refusant tout autre parti politique - c'est
le cas en Chine - et la liberté d’expression. Je voulais dire que la
liberté d’expression, elle se conjugue dans le pluralisme politique.
Quand vous refusez le pluralisme politique, la liberté religieuse, la
liberté syndicale, en général, vous n’êtes pas plus pour la liberté
d’expression et la liberté de presse. Non, je crois qu’il y a une
antinomie. J’aimerais me tromper, j’aimerais voir le premier parti
communiste, en l’occurrence la Chine, accepter la liberté d’expression.
Ecoutez, je ne vois pas de liberté syndicale, je ne vois pas de liberté
religieuse, je ne vois pas de liberté politique, je ne vois pas de la
liberté en Chine.
Il y a 5 ans, au mois d'août 2000, notre journal La Grande Époque
dans sa version chinoise est né aux Etats-Unis. 5 ans après, il a ses
correspondants dans plus de 30 pays du monde et il a ses éditions en de
multiples langues, y compris le français. Lors du 5ème anniversaire d'Epochtimesnous allons publier un album qui relate la création et le développement
de notre journal, dans lequel nous voulons aussi remercier tous ceux
qui nous soutiennent, et notamment RSF, est-ce que vous voulez dire
quelque mots dans cet album ?
R.M. : Je veux dire à toute l’équipe de La Grande Epoque
: " Vous avez raison ! " Je veux leur dire qu’il faut encore avoir
beaucoup de courage, parce que ce n’est pas évident, parce que les
autorités chinoises ne vont pas être tendres avec toute l’équipe,
qu’ils ont leur avocat à Reporters sans frontières, leur soutien. Je
répète, je ne partage pas forcément ce qui est dit dans le journal, ce
n’est pas le problème. Je suis pour la liberté d’expression, y compris
qu’on doit faire entendre les points de vue qui ne sont pas les miens,
qui ne sont pas forcément ceux auxquels je souscris, mais vous avez des
amis ici à Reporters sans frontières, on est là pour aider Epochtimes
comme on est là pour aider tous ceux qui se battent pour faire entendre
des points de vue différents des autorités en place... et puis, bonne
chance à votre journal.
Merci beaucoup.
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