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La visite à Paris de Wang Yunkun ternie par une plainte déposée à son encontre par l’une de ses victimes
La Chine peut-elle encore développer ses relations commerciales tout en
refusant de rendre des comptes sur son régime politique répressif
bafouant les droits de l'homme ? On peut en douter: les plaintes et les
procès se multipliant à l'encontre d'un grand nombre de hauts
fonctionnaires chinois (34 procès en cours en ce moment) commencent en
effet à gêner les opérations commerciales de la Chine à l'étranger.
Les 8 et 9 juin derniers, au CNIT de Paris la Défense, se tenait le
congrès Automotive Meetings, dont le but est de permettre aux
constructeurs, équipementiers et sous-traitants de l'industrie
automobile de se rencontrer et de procéder à des échanges sur les
questions relatives à la sous-traitance et à l'innovation. Selon
l'organisateur David Bilman de BCI, « Ce salon a lieu pour la
première fois à Paris. Le premier volet est basé sur un concept de
rencontre entre équipementiers, constructeurs et fournisseurs de
l’industrie automobile sur un format ‘speed dating’ c’est-à-dire de
rendez-vous établis entre acheteurs et vendeurs. Le deuxième volet
consiste en un congrès avec des conférences dans lesquelles les
intervenants constructeurs et équipementiers automobiles viennent
discuter des évolutions du marché. C'est un succès puisque nous avons
réuni 350 sociétés sur les rendez-vous et à peu près 250 participants
sur les conférences ».
L'attraction majeure de cette année
était la présence de la Chine, au travers de la China FAW (First
Automobile Works) Group Corporation, l'un des plus importants
constructeurs chinois associé notamment à Volkswagen dans la province
de Jilin, et de quinze de ses principaux sous-traitants chinois. La
province de Jilin, notamment avec la ville de Changchun, qui est le
plus important lieu de production automobile en Chine, est située dans
le nord-est du pays. Cette province possède une frontière commune avec
la Corée du Nord et se situe à proximité du Japon, ce qui en fait une
base idéale de production pour l'export. Parmi les trois conférenciers
chinois se trouvait Mr Wang Yunkun, le premier secrétaire du comité du
Parti Communiste Chinois de la province de Jilin et Président de
l'Assemblée Populaire de cette même province, qui présentait « L'industrie automobile chinoise de la province de Jilin et ses besoins en terme de partenariats internationaux ».
Y a-t-il un lien entre cette campagne marketing de la province de Jilin
et le fait que Volkswagen, qui y est très implantée (la Chine est
maintenant son premier marché extérieur), enregistre de fortes pertes
cette année (39 millions d’euro sur les 4 premiers mois de 2005)? En
effet, suite à ces pertes, Volkswagen a élaboré un plan drastique de
réduction de ses coûts de production (près de 295 millions d’euros),
dont l'ampleur montre la position fragilisée de ce constructeur.
Wang Yunkun, homme d’affaires à l’étranger, tortionnaire en Chine
Au
même moment, face à l'entrée du CNIT, des manifestants chinois et
français de l'Association Falun Gong France ainsi que des dissidents et
démocrates chinois étaient présents avec des banderoles et des tracts
dénonçant les exactions et crimes du même Wang Yunkun en Chine. En
effet, une plainte pour torture venait d'être déposée contre Wang
Yunkun par un étudiant chinois résidant en Irlande, Zhao Ming, qui fut
libéré en mars 2002 après avoir été détenu et torturé pendant 22 mois
dans une prison de la province de Jilin. Mr Wang Yunkun est notamment
accusé d'avoir organisé des séances de lavage de cerveau afin de forcer
des pratiquants du Falun Gong à renoncer à leurs convictions humanistes
basées sur les principes de vérité, de bienveillance et de tolérance.
De plus, selon WOIPFG - World Organisation to Investigate the Persecution of Falun Gong,
on a pu identifier 298 pratiquants du Falun Gong morts dans les camps
de la province de Jilin, la classant ainsi à la quatrième place des
plus meurtrières de Chine. Un enquêteur de la préfecture de police de
Nanterre, également présent sur les lieux suite au dépôt de plainte,
rappela cependant à nos journalistes que le mouvement Falun Gong « est un mouvement orientaliste non violent et n'est pas considéré comme une secte en France »,
contrairement aux affabulations du gouvernement chinois, qui organise
depuis près de six ans une brutale répression à son encontre.
Cette
affaire illustre bien l'aspect que prennent les tournées commerciales
chinoises à l'étranger. Interrogé par La Grande Epoque au sujet de
l'économie chinoise et des droits de l’homme, David Bilman répond : «
Je crois, pour être très clair, que même si les gens ont une approche «
business » aujourd’hui, ils sont conscients de ce qui se passe en
Chine, ils connaissent le régime politique et les problèmes qu’il y a
en Chine sur le plan humain. Je pourrais prendre des exemples de
conversations que j’ai pu avoir avec des gens qui ont eu des contacts
avec des entreprises chinoises, il s’agit en fait d’une première prise
de contact, pour le reste c’est eux qui voient. Après, les entreprises
ont bonne conscience, elles y vont ou pas .C’est une question de
balance à faire entre les risques que ça peut comporter pour les
entreprises sur tous les points -pas forcément qu’économiques
d’ailleurs. Il se peut même qu’il y ait des répercussions sur
l’entreprise du fait qu’elle travaille avec la Chine.»
Laogai chinois, secteur intégré à l’économie
Pour
une entreprise occidentale qui souhaite investir en Chine, ou bien y
trouver des sous-traitants, le moment est peut-être venu de prêter plus
d'attention au choix de ses partenaires et d’être très attentif au
respect des droits de l’homme, sous peine de risquer une brutale
dégradation de son image de marque. Il faut en effet rappeler que
nombreux sont les camps de rééducation (appelés Laogai ce qui signifie « réformer par le travail »)
où les prisonniers sont condamnés aux travaux forcés dans des unités
industrielles, dont beaucoup produisent des composants en
sous-traitance pour l’industrie automobile. D’après le recensement
effectué par Harry Wu et publié sur le site de l’association Laogai
Research Foundation , on compte en effet 1047 Laogai en Chine, dont 39
dans la province de Jilin. On estime à plus de 50 millions le nombre de
personnes passées par ce système d’esclavage, et beaucoup y ont été
torturés ou exécutés. Pour reprendre les propos d’Harry Wu dans son
fameux livre Danse pas avec la Chine où il explique ce qu’il y a
lui-même subi pendant 19 ans: « Le Laogai n’est pas un simple
système d’incarcération, mais un outil politique où les gens sont
réduits à l’état d’animaux […], une source de capitaux étrangers
cruciale pour l’enrichissement national.[…] Malgré les démentis
officiels, les produits issus de ces camps sont disponibles sur le
marché international. Et le gouvernement chinois incite à l’exportation
de tels produits […]. Les travaux forcés en Chine sont un maillon fort
de l’équation économique ». Le Laogai est « la face cachée la plus honteuse de la Chine ».
A
l'heure où l’on parle tant d’éthique dans les affaires, comment les
membres de l'UE, en tant que pays développés et garants du respect des
droits de l'homme peuvent-ils encore fermer les yeux et ne pas prendre
leurs responsabilités envers la population chinoise lorsqu’ils
commercent avec la Chine ?
Comme l'a souligné David Bilman à la
fin de son entretien, les leçons de l'histoire sont trop nombreuses à
cet égard pour que nous ne sachions en tirer profit en ne commettant
pas les mêmes erreurs – tant commerciales que politiques - dans nos
relations avec les régimes totalitaires.
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