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Actuellement, la destruction des habitats naturels est une des causes majeures du taux alarmant de disparition des espèces. Même si la raison est simple, c’est-à-dire l’augmentation de la population humaine, la solution est complexe et représente un défi majeur auquel nous faisons tous face. Les fonds disponibles pour la conservation de la biodiversité ne croissent pas aussi rapidement que la liste des espèces menacées. Alors, il faut savoir cibler les efforts de conservation et bien choisir les endroits à protéger. Au Québec, par exemple, nous devrions porter une attention particulière au sud, puisque c’est là que l’on retrouve la plus grande biodiversité de la province.
Une espèce ombrelle est une espèce dont les activités de gestion nécessaires à sa persistance vont bénéficier à de nombreuses autres espèces et habitats menacés. Le loup, comme la plupart des autres grands carnivores (ex. lion, ours et tigre), s’insère dans la catégorie d’espèce ombrelle, car il requiert de grands espaces et la présence soutenue de populations de proies. Ainsi, l’espace vert requis pour la conservation d’un carnivore est généralement suffisant pour assurer le maintien de plusieurs autres espèces animales et végétales.
Voilà pourquoi au Québec, comme bien ailleurs, une optique de conservation de la biodiversité à grande échelle doit inclure le loup comme espèce ombrelle. La promotion de cette idée est importante puisque le loup est aussi une espèce vedette. Or, le spectacle n’est pas si intéressant dans les forêts au sud du fleuve Saint-Laurent puisque le loup y est absent depuis la fin du 19e siècle. La disparition du loup implique des répercussions importantes sur l’écosystème forestier québécois.
Les grands carnivores jouent un rôle-clé dans les écosystèmes; celui de réguler les populations d’herbivores. Le loup régule les populations de cerfs à un niveau relativement plus stable, les empêchant de devenir surabondants, de surexploiter les ressources et de devenir vulnérables à des effets climatiques. Sans prédateurs, les populations d’herbivores peuvent augmenter au-dessus de la capacité de support du milieu (nourriture disponible), menant à un «surbroutement» de la végétation, ce qui entraîne des effets néfastes sur l’écosystème. Par exemple, lorsque les cerfs sont surabondants, on note une diminution de la croissance forestière, de la stabilité écologique et de la biodiversité.
Justement, le cerf de Virginie est très abondant dans le sud du Québec et son impact commence à se faire sentir sur la communauté forestière. Contrairement à ce que les gestionnaires québécois semblent faire présentement, on ne doit pas aménager l’habitat pour favoriser le cerf, mais bien trouver des moyens pour l’empêcher d’altérer son propre habitat. La chasse, aussi plaisante qu’elle puisse être, attire de moins en moins d’adeptes. Les pratiques actuelles ne font pas d’elle un moyen efficace pour contrôler le nombre de cerfs. Alors, qui contrôlera cette population de cerfs dans le sud du Québec?
Exemple frappant, le retour du loup dans le parc de Yellowstone a rééquilibré l’état des écosystèmes riverains et a augmenté la biodiversité locale. La présence du loup a augmenté le risque de prédation le long des cours d’eau, faisant en sorte que les herbivores ne vont plus y brouter ce qui favorise la régénération de la végétation riveraine. Le rétablissement naturel des berges a amélioré la qualité de l’eau, ce qui l’a rendue de nouveau propice pour le frayage des poissons. Personne n’avait pensé que la réintroduction du loup serait suivie du fameux castor, auparavant disparu depuis 100 ans dans le parc.
L’écologiste Louise Gratton, directrice des sciences et de la gestion des milieux naturels pour l’organisme Conservation de la nature Canada et membre de l’équipe travaillant sur la conservation du corridor Appalachien, est convaincue que de nombreuses espèces animales et végétales, incluant l’homme, bénéficieraient du retour du loup dans le sud du Québec. «Non seulement son retour rétablirait l’équilibre naturel de l’environnement, explique-t-elle, mais plusieurs d’entre nous en bénéficieraient indirectement. Par exemple, en Estrie, un accident de route sur quatre implique un cerf. Mais aussi, le hurlement du loup est symbole de nature sauvage, ce qui a beaucoup de valeur aux yeux des gens passionnés du plein air.»
Est-il possible que le loup recolonise naturellement le sud du Québec? En janvier 2002, à Sainte-Marguerite-de-Lingwick, en Estrie, un trappeur de coyotes a accidentellement piégé un véritable loup. Mario Villemure, garde de parc au Parc National de la Mauricie, étudie l’écologie du loup dans ce même parc depuis 2000. Aujourd’hui, il pense que : «les loups sont clairement capables de traverser le fleuve et de rejoindre les forêts du sud du Québec, mais le prix à payer est grand. Les loups se dispersent généralement un par un, alors ils veulent aller là où il y a déjà d’autres loups pour se reproduire avec eux. Même si un jeune loup arrivait dans ce "paradis de cerfs" qu’est le sud du Québec, il ne pourrait pas se reproduire s’il est seul. Il serait peut-être même alors tenté de repartir vers le nord s’il n’est pas piégé en chemin…».
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