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Accueil arrow Canada arrow Voyage dans le temps : La province de Québec il y a 75 ans (1)
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Écrit par Raymond Laberge, Collaboration Spéciale   
05-09-2006

L’ancien premier ministre Lomer Gouin, l’ancien ministre libéral Joseph-Léonide Perron, le chef du parti fermier-progressiste Joseph-Noé Ponton et les années vingt sont morts et enterrés. L’écrabouillement de l’infrastructure économique de la décennie de la grande abondance engendre des changements de formes, dans tous les domaines humains : mœurs politiques, idéologies, mentalités, structures de la famille et de la parenté, sexualité, morale de la natalité, comportement devant la mort, tout cela change, lentement, irrémédiablement. Sur les cendres des années vingt, les masses s’adaptent aux nouveaux contours de la lutte des classes. Un temps de l’histoire est passé.

L’auteur est historien et habite Montréal

L’ancien premier ministre Lomer Gouin, l’ancien ministre libéral Joseph-Léonide Perron, le chef du parti fermier-progressiste Joseph-Noé Ponton et les années vingt sont morts et enterrés. L’écrabouillement de l’infrastructure économique de la décennie de la grande abondance engendre des changements de formes, dans tous les domaines humains : mœurs politiques, idéologies, mentalités, structures de la famille et de la parenté, sexualité, morale de la natalité, comportement devant la mort, tout cela change, lentement, irrémédiablement. Sur les cendres des années vingt, les masses s’adaptent aux nouveaux contours de la lutte des classes. Un temps de l’histoire est passé. 

Tout le monde sait qu’il y aura élection générale au pays de Québec dans quelques temps; le mandat de Louis-Alexandre Taschereau, dont le parti est au pouvoir depuis 34 ans, tire à sa fin. On connaît son style, classique, de tout premier ministre en régime parlementaire britannique : rumeurs alimentées par l’entourage ministériel, mutisme officiel, puis annonce surprise d’un scrutin imminent. Le 14 février 1931, lors d’un banquet tenu au Château Frontenac de Québec, le chef de l’opposition officielle, Camillien Houde, jure devant 500 convives et les orateurs invités – Onésime Gagnon, Thomas Maher, Antoine Rivard ainsi que quatre députés fédéraux conservateurs – d’écraser le régime libéral.

Le contrôle de la radio : Québec ou Ottawa ?

Ce flirt entre Houde et les conservateurs de Bennett au pouvoir à Ottawa est facilité au début de 1931 par la première querelle fédérale-provinciale des communications. Les deux gouvernements luttent pour s’emparer de ce nouveau secteur des communications par ondes hertziennes. Au moment où les pères de la Confédération préparaient l’Acte de l’Amérique du Nord britannique (AANB), communications voulaient dire canaux, chemins de fer, installations portuaires. Tout cela était, bien sûr, de juridiction fédérale. Pour augmenter les revenus de la province, Taschereau refuse de laisser ce champ à Ottawa, surtout entre les mains d’un gouvernement conservateur. Il n’y va pas par quatre chemins : «Nous maintenons, dit-il, que l’AANB donne juridiction exclusive aux provinces sur la radio dans les limites de leurs territoires respectifs.» Et le chef du gouvernement d’ajouter qu’un projet de loi sera soumis en ce sens au cours de la présente session.

La position du gouvernement québécois s’appuie sur le fait que la radio est un instrument d’éducation et que la constitution canadienne accorde le contrôle exclusif des affaires éducationnelles aux provinces. Québec entend exercer ce contrôle par l’émission de permis réglementant l’initiative privée. Ce point de vue trouve un écho des plus favorables auprès du journal La Presse, qui a pris la tête d’une vigoureuse campagne contre l’étatisation de la radio. «Tout comme le journal, la radio doit rester libre, car elle a besoin de l’initiative privée pour progresser. C’est d’ailleurs le seul régime acceptable au Canada. Accepter l’étatisation conduirait au chaos et à l’anarchie», conclut le quotidien.

La colonisation

Voici ce que l’on lit dans un journal de l’époque : «L’expérience a démontré aux gens de la campagne qu’ils n’ont rien à gagner en désertant leurs terres pour aller tenter fortune à la ville et encore moins aux États-Unis, et les déserteurs du sol, comme de bons enfants prodigues, retournent à leur vieille amie, la terre. Nous les voyons, défricheurs infatigables, en Gaspésie, Matapédia, Saguenay, Abitibi, Témiscamingue et Ontario-Nord. Plus tard, il y aura de belles églises et de beaux villages; en attendant, ils connaissent bien des misères. Ces pionniers font œuvre de héros et l’histoire saura leur rendre justice. Il ne faut pas oublier que le métier de cultivateur en est des plus nobles et des plus lucratifs, surtout en temps de crise. Quand les travailleurs des villes chôment et mendient leur pain, les cultivateurs pauvres en ont à leur donner.»

Voici ce qu’ajoute un autre quotidien : «Le rapatriement dirigé par le ministère provincial de la Colonisation – dirigé par le député d’Arthabaska, Hector Laferté – a été exceptionnel l’an dernier. En effet, 926 familles comprenant 4180 personnes d’origine canadienne-française sont revenues des États-Unis pour s’établir à demeure dans le Québec. Sauf de rares exceptions, ces familles se sont fixées dans les vieilles paroisses d’où elles étaient parties. Elles comblent ainsi des vides incultes qui vont devenir productifs et elles constituent, en outre, autant de sentinelles averties sur la fidélité desquelles l’on pourra compter pour empêcher d’autres départs. Rien ne vaut autant que l’expérience de la mauvaise fortune en pareille matière… Actuellement, plus de 3000 familles attendent des circonstances propices pour reprendre place au foyer qu’elles ont quitté dans nos vieux centres paroissiaux ou pour s’établir sur les terres neuves de nos régions de colonisation.»

Le chanoine Groulx _ la Sorbonne, _ Paris

Les journaux de Paris ne tarissent pas d’éloges au sujet des cinq conférences prononcées par l’abbé Lionel Groulx à l’université de la Sorbonne, sur le thème de l’Enseignement français au Canada. Ainsi on a pu lire, dans le Figaro : «L’heure parut courte au vaste auditoire que la salle Louis-Liard suffisait à peine à contenir et qui a été séduite par la savante ordonnance de cet exposé, la précision et la fermeté du langage, l’élévation de la pensée, la conviction de l’accent, la vivacité ardente du regard, et cet exquis sentiment de fierté intellectuelle qui révèle chez lui l’héritier d’une vieille culture, d’une noble tradition. Il est impossible d’entendre ce Canadien français dans l’antique Sorbonne sans se dire que, lui aussi, il est bien de sa lignée. M. l’abbé Groulx a également été fortement applaudi lors de ses quatre conférences à l’Institut catholique de Paris ainsi que celles qu’il a prononcées à Lyon et à Lille.»

Les parents face à l’école

«Il y a beaucoup de critiques à l’adresse de nos écoles. Pourtant, l’incurie des parents qui retiennent trop souvent leurs enfants à la maison (les jours d’école) fait que les enfants quittent l’école primaire trop tôt. Par ailleurs, plusieurs parents croient que leurs efforts ne prévaudront pas contre les usages modernes. La jeunesse a toutes les audaces et s’affranchit des sages conseils de l’expérience. Il faut pourtant réagir et repousser l’ennemi qui tente de saper les bases du foyer familial, si l’on veut que l’œuvre d’éducation donne de bons résultats. Il ne faut pas perdre de vue l’utilité que, dans l’ensemble, on peut tirer de l’école actuelle. Si les parents aidaient leurs enfants à appliquer les connaissances acquises, nos institutions scolaires ne leur paraîtraient pas aussi défectueuses. En attendant les réformes que nous réclamons, profitons donc des avantages que nous possédons. Le sage roi Salomon a dit : "Formez l’enfant à l’entrée de la vie, il ne s’en éloignera point même dans sa vieillesse".» ( L’Action catholique).

La suite la semaine prochaine.

Sources : La Presse, l’Illustration, Le Clairon, Le Courrier de St-Hyacinthe, The Montreal Gazette, Le Soleil, L’Événement, l’Action catholique, Le Droit, Le Devoir, la Revue moderne, la Revue populaire et la Voix nationale




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