Trente ans pour atteindre les objectifs de l'UE en matière de reconstitution des réserves halieutiqu
Écrit par Julien Sialelli, Ambassade de France en Allemagne   
24-02-2010

Une étude menée par le cluster d'excellence Océan du futur de Kiel vient de montrer que l'Europe ne parviendra pas à atteindre avant trente ans ses objectifs en matière de reconstitution de réserves de poissons ou réserves halieutiques. Les résultats de l'étude ont été publiés dans la revue scientifique Fish and Fisheries.

 

Lors du Sommet mondial de Johannesburg en 2002, les États européens s'étaient entendus sur le fait que les ressources halieutiques devaient se reconstituer jusqu'en 2015, et ce, afin de permettre un rendement des prises de pêche continu et durable. Or, d'après le Dr. Rainer Froese de l'Institut Leibniz des sciences marines (IFM-GEOMAR) et le Professeur. Alexander Proelß de l'université de Kiel, cet objectif serait déjà hors de portée. Avec seulement trois espèces (lieu noir, sprat et chinchard) sur les cinquante quatre espèces incluses dans l'étude (limitée à la zone nord-est de l'océan Atlantique) pour lesquelles le stock présente la taille requise, l'état de la préservation/reconstitution des réserves halieutiques s'avère catastrophique. Pour douze espèces dont le cabillaud, le carrelet et le flétan, le niveau des stocks est tellement faible que même l'arrêt total et immédiat de la pêche pour ces poissons ne permettra pas leur reconstitution d'ici 2015.

 

La surpêche pratiquée dans le nord-est de l'océan Atlantique
Les auteurs de l'étude déclarent que la surpêche pratiquée dans le nord-est de l'océan Atlantique va à l'encontre du principe de précaution du droit européen. «Le principe de précaution est un principe de droit contraignant, auquel les institutions européennes comme la Commission ou le Conseil doivent se soumettre. Avec les pratiques actuelles, l'Union européenne transgresse non seulement le droit international mais aussi le droit de l'UE», explique le Prof. Alexander Proelß de l'Institut Walter Schücking de droit international de l'université de Kiel. Par ailleurs, le principe de rendement constant maximal, adopté en 1982 lors de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer (UNCLOS) oblige les Etats à maintenir ou à rétablir les stocks des espèces exploitées à des niveaux assurant ledit rendement constant maximal (de pêche).

 

Les quotas de pêche pour l'année 2010 trop élevés
D'après les chercheurs du cluster Océan du futur, les quotas de pêche pour l'année 2010 sont toujours trop élevés pour permettre la reconstitution des ressources halieutiques. «Si ces pratiques perdurent, l'Europe ne parviendra pas, avant 30 ans, à atteindre les objectifs qu'elle s'est fixée en matière de régénération des stocks», estime le Dr. Froese, ichtyologiste à l'IFM-GEOMAR. La gestion durable des réserves halieutiques pourrait permettre, à terme, un nombre plus important de prises. «D'après nos calculs, il serait ainsi possible d'augmenter jusqu'à un facteur de 79% certains rendements de pêche», ajoute M. Froese qui conclut: «Dans les eaux de l'Union européenne, les ressources halieutiques sont actuellement gérées de telle manière qu'elles ne s'effondrent pas. Cette politique n'est satisfaisante ni économiquement, ni écologiquement».
 





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